Duchesnay, PME et multinationale pharmaceutique

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15 avril 2015

Marie Tison La Presse

Un changement de cap peut parfois être salutaire. Il suffit de parler aux dirigeants de Duchesnay pour s’en convaincre.

Avant 1992, la petite entreprise de Blainville, qui distribuait des médicaments en vente libre et sur ordonnance, comptait une poignée d’employés. Elle réalisait alors un chiffre d’affaires de 675 000 $.

À l’heure actuelle, Duchesnay compte plus de 200 employés au Canada et aux États-Unis. Elle y exporte son médicament-vedette et vient d’effectuer une importante percée en Israël. En 2014, son chiffre d’affaires a atteint 40 millions de dollars au Canada et 56 millions US aux États-Unis.

« Nous prévoyons dépasser 100 millions US cette année aux États-Unis uniquement, affirme Éric Gervais, vice-président exécutif de Duchesnay. Notre objectif, c’est un chiffre d’affaires de 300 millions. »

 La famille Boivin, propriétaire de Duchesnay, a décidé de changer de cap en 1992 en raison d’une expérience personnelle. Une membre de la famille a connu une grossesse difficile, avec nausées et vomissements. Or, il lui a été difficile de trouver un médicament sécuritaire pour soulager ce malaise.

La famille Boivin a alors décidé de confier une nouvelle mission à Duchesnay : mettre au point des médicaments à prendre pendant la grossesse. Pas seulement pour soulager des malaises liés à la grossesse, mais aussi pour traiter divers maux. En effet, plusieurs médicaments courants sont déconseillés pour les femmes enceintes.

« Ce n’est pas parce que tu es enceinte que tu ne tombes pas malade, que tu n’as plus d’asthme. C’est un marché que l’industrie a délaissé parce que les entreprises trouvaient qu’il y avait plus de risques que de gains. »

— Éric Gervais, vice-président exécutif de Duchesnay

C'est ainsi qu’en 1983, l’entreprise Merrell Dow a retiré le Bendectin, un médicament qui soulageait les nausées et les vomissements chez les femmes enceintes, par crainte de poursuites judiciaires, même si un comité de la Food and Drug Administration des États-Unis (FDA) avait conclu qu’il n’y avait aucun lien entre le médicament et des anomalies congénitales.

Duchesnay a repris la formulation du Bendectin, a commandité un grand nombre de recherches et y a apporté certaines modifications. Santé Canada a approuvé le médicament, appelé Diclectin au Canada, et Duchesnay s’est tournée vers les États-Unis.

Les investissements de 30 millions ont porté leurs fruits : la FDA a approuvé le médicament, renommé Diclegis aux États-Unis, en avril 2013.

« Ça a pris 18 ans d’efforts, relate M. Gervais. Ils nous ont fait faire toutes les études possibles pour être sûrs que c’était sécuritaire. Dans le domaine des médicaments pendant la grossesse, on n’a pas une deuxième chance. On ne peut pas dire : oups, je me suis trompé. »

DÉVELOPPEMENT DU PORTEFEUILLE DE PRODUITS

« Nous voulions avoir notre propre usine de fabrication parce que nous voulions être maîtres chez nous, affirme M. Gervais. En outre, ça crée de l’emploi au Québec. »

C’est également à Blainville que Duchesnay fabrique la version qui part pour Israël, grâce à une approbation du ministère israélien de la Santé obtenu le mois dernier et à un partenariat avec une firme israélienne.

« Une approbation aux États-Unis, c’est comme une lettre de noblesse. Cela montre qu’on a fait ses devoirs. Il y a beaucoup de firmes qui nous appellent pour pouvoir introduire le Diclectin dans leur pays. »

— Éric Gervais, vice-président exécutif de Duchesnay

Duchesnay a ajouté à son portefeuille d’autres produits liés à la santé des femmes, notamment les multivitamines prénatales PregVit.

 Notre modèle d’affaires est assez simple, résume M. Gervais. On considère une condition médicale, on essaie de développer un médicament, on démontre son efficacité et sa sécurité, on prend des brevets dans 40 à 50 pays, on fait approuver le médicament par les différentes autorités réglementaires et on essaie de trouver des partenaires à l’extérieur du Canada et des États-Unis. Pour ces deux pays, nous faisons nous-mêmes la mise en marché. »

Duchesnay cherche également à acquérir des licences pour des médicaments destinés aux femmes, qui pourraient avoir été conçus en Europe ou en Asie, afin de les distribuer en Amérique du Nord.

Duchesnay est rentable. Ça tombe bien parce que la famille Boivin a créé une société sœur, Médunik, qui se spécialise dans les maladies rares. Qui dit maladie rare, dit petit marché. Médunik n’est donc pas encore rentable, et la famille Boivin compte sur Duchesnay en attendant.

« C’est clair, on veut que Médunik soit rentable, soutient M. Gervais. C’est un acte de foi. Nous faisons le bien. L’argent va venir. »

LES GENS DERRIÈRE DUCHESNAY

La famille Boivin est active dans le secteur pharmaceutique depuis 1955. Germain et Louis Boivin ont notamment fondé le manufacturier de médicaments génériques Pro-Doc, que la famille a vendu au Groupe Jean Coutu en 2007. Grâce à des dons, la famille a créé des chaires dans le domaine pharmaceutique à l’Université de Montréal et à l’Université Laval.

Duchesnay est présidé par Pierre Boivin, qui a suivi la tradition familiale avec un diplôme en pharmacie. La famille a toutefois engagé des professionnels de l’extérieur pour diriger les activités quotidiennes de Duchesnay et de ses entreprises sœurs.

« Quand j’ai été engagé, j’étais le premier employé de Duchesnay », se rappelle M. Gervais, un diplômé en biologie maintenant vice-président exécutif de l’entreprise.

DEUX FORCES

Duchesnay s’est taillé une niche dans un domaine mal desservi, les médicaments pour les femmes enceintes.

L’entreprise suit avec discipline un plan d’affaires bien précis.

DEUX FAIBLESSES 

Duchesnay doit investir des millions de dollars dans les recherches qui sont essentielles pour essayer d’obtenir des approbations réglementaires.

Médunik, une société sœur de Duchesnay, n’est pas rentable et pèse donc sur les résultats de la société mère, le Groupe pharmaceutique Boivin.

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