ProMetic - Se faire connaître après des années de discrétion

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15 septembre 2015

C’est une histoire réconfortante. Un petit Québécois risque de perdre la vue en raison d’une maladie extrêmement rare, une conjonctivite ligneuse liée à un manque de plasminogène.

Le système du garçonnet est incapable de produire cette protéine, normalement présente dans le plasma, qui favorise la guérison des muqueuses.

Des chercheurs d’Héma-Québec se mettent au travail de façon acharnée et finissent par trouver une façon d’extraire le plasminogène du plasma et de l’administrer au petit patient. Ce traitement sauve sa vue.

Une belle histoire ? Pas pour ProMetic, une société pharmaceutique de Laval qui se spécialise justement dans la technologie d’extraction de produits du plasma, dont le plasminogène.

« Nous aurions pu mettre une ampoule dans une enveloppe FedEx pour la faire parvenir dès le lendemain, affirme Pierre Laurin, président et chef de la direction de ProMetic. C’est là qu’on voit que nous sommes peu connus au Québec. Nous sommes mieux connus ailleurs. »

À L’ÉTRANGER

À l’heure actuelle, ProMetic tire 100 % de ses revenus de l’étranger. L’entreprise offre essentiellement des technologies de fractionnement du plasma et de purification de produits biologiques. Elle entend toutefois fabriquer et commercialiser ses propres produits, qui se situent actuellement à diverses étapes de la recherche clinique. Ceux-ci pourraient venir en aide aux patients atteints de maladies rares. Le plasminogène pourrait notamment recevoir l’approbation de la Food and Drug Administration des États-Unis (FDA) d’ici à la fin de 2016 ou au début de 2017.

« Depuis 20 à 25 ans, notre technologie peut se retrouver à l’intérieur d’un vaisseau en acier inoxydable à l’arrière d’une usine de Glaxo, note M. Laurin. La valeur ajoutée de se faire connaître du grand public est très discutable, quand le seul produit qu’on vend, c’est une action à la Bourse. Mais quand on s’apprête à aller dans les pharmacies et les hôpitaux, c’est clair que la situation change. »

CAPITAUX ÉTRANGERS

Le profil discret de ProMetic a peut-être également joué un rôle dans la décision du gouvernement québécois d’accorder une aide financière de 25 millions à la société biopharmaceutique coréenne Green Cross pour la construction d’une usine de fractionnement de plasma au Technoparc Saint-Laurent.

« Nous avons été un peu égoïstement froissés de voir qu’on se sentait dans l’obligation d’aider au financement d’une multinationale coréenne à venir installer ses pénates ici, elle qui importe un savoir-faire désuet qui date de la Seconde Guerre mondiale pour la création de 140 emplois en 2021, alors que nous nous étions fait dire “non” par la même entité pour une plateforme technologique convoitée par les Chinois, les Russes, les Taiwanais et bientôt les Américains et les Européens », lance M. Laurin.

Il ajoute toutefois qu’il comprend le désir du gouvernement d’attirer des capitaux étrangers. Il note aussi que la nouvelle usine coréenne ne concurrencera pas les installations de ProMetic.

« Les produits vedettes de ProMetic, ils ne sont pas capables de les faire », soutient-il.

UNE MOLÉCULE IMPORTANTE

Ces divers produits devraient stimuler la croissance de ProMetic. Mais une molécule en particulier, le PBI-4050, pourrait propulser la petite société dans la stratosphère. M. Laurin qualifie cette molécule de « pilule magique ».

« C’est tellement gros que nous avons de la difficulté à nous contenir », avoue-t-il.

Les études préliminaires ont donné des résultats impressionnants dans le traitement des fibroses dans divers organes, comme le poumon et le foie.

« Si ça marche chez l’humain comme chez l’animal, ça pourrait renverser la situation pour des patients diabétiques ou qui souffrent de cirrhose du foie. »

— Pierre Laurin, président et chef de la direction de ProMetic

Les analystes ont le PBI-4050 à l’œil. Selon Douglas Miehm, de Marchés des capitaux RBC, cette molécule a le potentiel de devenir un médicament phare, avec des ventes de plusieurs milliards de dollars.

M. Laurin affirme que ProMetic a déjà refusé des partenariats au sujet de sa « pilule magique ».

« Nous allons discuter plus sérieusement de partenariats dans quelques mois, indique-t-il. Nous attendons des résultats qui nous permettraient d’aller chercher des valeurs supérieures. Nous avons les moyens financiers d’attendre. »

Il soutient que, dans le passé, ProMetic a justement été en mesure de faire des ententes en position de force. L’entreprise a notamment conclu un partenariat avec la Croix-Rouge américaine au début des années 2000 dans un projet sur la filtration du sang. Après l’ouragan Katrina, la Croix-Rouge s’est concentrée sur les désastres et ProMetic a récupéré une bonne partie des employés américains impliqués dans le projet.

Récemment, ProMetic a conclu un autre partenariat qui permettra la construction d’une importante usine de purification du plasma en Russie. Cette usine devrait être opérationnelle avant la fin de 2017.

« Nous sommes appuyés par les États-Unis, la Chine, la Russie, lance M. Laurin. Nul n’est prophète dans son pays. »

Sensible au drame familial

Pierre Laurin a le profil pour diriger une petite société pharmaceutique : un baccalauréat en pharmacie, une maîtrise en sciences pharmaceutiques ainsi qu’une expérience dans la commercialisation du médicament contre l’hypertension Cardizem lorsqu’il était chez Nordic Laboratories. Il y a un autre élément, sur lequel il n’insiste pas : il a perdu deux jeunes enfants atteints d’une maladie rare, l’acidose lactique. Les heures angoissantes passées dans une salle d’attente alors que les médecins passent et repassent, il connaît.

« Je ne vois pas quel autre métier peut être aussi gratifiant que de trouver une façon de récompenser ceux qui financent ce genre d’initiative et de voir le soulagement des familles lorsqu’on lance un médicament qui peut régler un problème majeur », déclare-t-il.

Cela fait plus de 25 ans que Pierre Laurin participe au développement de la plateforme technologique qui constitue la base de ProMetic. Cette plateforme a été conçue au Royaume-Uni, mais des difficultés de financement dans ce pays ont amené M. Laurin à proposer son transfert au Québec. Il a ainsi créé ProMetic Sciences de la vie en 1994 dans la région montréalaise.

PROMETIC EN CHIFFRES

Chiffre d’affaires

23 millions

Capitalisation boursière

1 milliard

Nombre d’employés

260, dont une centaine à Laval

Force et faiblesse

FORCE 

Selon l’analyste Douglas Miehm, de Marché des capitaux RBD, la plateforme de fractionnement de ProMetic présente relativement peu de risques de développement. La mise au point du comprimé PBI-4050 est très risquée, mais la récompense potentielle est énorme.

FAIBLESSE 

ProMetic a peu de visibilité. Les investisseurs pourraient avoir tendance à l’oublier.

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