Industrie pharmaceutique - Les universités sont mises à contribution

Partager cette nouvelle sur :

3 novembre 2012

«On voit moins de recherche à l’interne dans les entreprises»

Martine Letarte   3 novembre 2012  Santé

La recherche fondamentale dans l’industrie pharmaceutique se fait de plus en plus dans les universités. Des découvertes sont aussi faites par les firmes de biotechnologie.
Photo : Frédéric de la Mure M.A.E.
La recherche fondamentale dans l’industrie pharmaceutique se fait de plus en plus dans les universités. Des découvertes sont aussi faites par les firmes de biotechnologie.

 

Alors que la recherche pharmaceutique est en réorganisation dans le monde, le Québec ne doit pas s’asseoir sur ses lauriers, d’après des experts, s’il souhaite tirer son épingle du jeu.


Plusieurs centres de recherche de grandes sociétés pharmaceutiques ont fermé leurs portes récemment dans la région de Montréal. Cela ne signifie pas toutefois qu’il ne se fait plus de recherche pharmaceutique au Québec. Il s’agit plutôt d’un changement du modèle d’affaires.


C’est la première étape du long processus de développement d’un nouveau médicament qui est en grande transformation actuellement. « C’est la phase de découverte où on cible et optimise une molécule », affirme Michelle Savoie, directrice générale de Montréal InVivo, la grappe des sciences de la vie et des technologies de la santé du Montréal métropolitain.


On a vu cette année la fermeture des centres de recherche montréalais de Boehringer Ingelheim et d’AstraZeneca, celui de Pfizer l’an dernier et celui de Merck en 2010.


« Il reste encore de grands centres de recherche privés, comme celui de GlaxoSmithKline et celui de Vertex, à Laval, indique Mme Savoie. Toutefois, on voit que la recherche fondamentale se fait de plus en plus dans des centres de recherche publics, notamment dans les universités. Ensuite, la recherche se poursuit avec des découvertes par les firmes de biotechnologies. Certaines performent bien au Québec. »


« On voit moins de recherche à l’interne dans les entreprises, mais plus de partenariats avec des universités, de petites sociétés de recherche et des groupes experts dans des domaines particuliers », affirme Russell Williams, président de Les compagnies de recherche pharmaceutique du Canada (Rx D).


Par exemple, on a appris en mars qu’Angiochem et Glaxo SmithKline avaient signé une entente de collaboration de plus de 300 millions pour découvrir, développer et commercialiser des traitements pour les maladies génétiques rares, comme les maladies de Tay-Sachs, de Fabry et de Gaucher.


Angiochem est la société de biotechnologie créée afin de valoriser les technologies développées dans le Laboratoire de médecine moléculaire dirigé par Richard Béliveau, professeur de chimie à l’UQAM.

 

Les recherches précliniques et cliniques


Après la phase de découverte, il y a le développement préclinique. « C’est à cette étape qu’on fait la première démonstration de preuve, affirme Michelle Savoie. Ce sont les études sur les animaux. Ces recherches se font un peu dans les centres de recherche publics et dans les grandes entreprises pharmaceutiques, mais surtout dans les organisations de recherche contractuelle (ORC). Nous en avons plusieurs au Québec, comme la grande entreprise Charles River, mais aussi de plus petites, comme Mispro, Citoxlab et ITR. »


Ensuite vient l’étape des recherches cliniques. La première phase se fait sur des volontaires sains pour vérifier l’innocuité du produit. « Ces recherches se font principalement dans les ORC comme Algorithme Pharma et Pharmanet. Ensuite, il y a les phases 2 et 3 qui se font dans le réseau de la santé, donc avec les groupes de médecins de famille, les hôpitaux, etc. », affirme Mme Savoie.


Les annonces de partenariats sont aussi nombreuses à ces étapes de développement.


Il y a un peu plus d’une semaine, Thrasos a annoncé avoir obtenu 35 millions de dollars américains pour développer le THR-184 afin de traiter l’insuffisance rénale aiguë. L’investisseur principal est SR One, financé par GSK Canada Life Sciences Innovation Fund, une initiative de GlaxoSmithKline. Le financement permettra de développer le THR-184 jusqu’à la deuxième phase.


Le groupe pharmaceutique Roche a aussi annoncé cette année qu’il faisait de l’Institut de cardiologie de Montréal son pôle mondial de recherche sur les maladies cardiométaboliques.


On a vu également il y a deux ans l’annonce de la signature d’une entente, pouvant atteindre 330 millions, entre Bayer et EndoCeutics. L’objectif est de poursuivre les études cliniques et commercialiser la DHEA pour traiter l’atrophie vaginale et la dysfonction sexuelle chez les femmes.

 

Forces et faiblesses


« Le grand Montréal est l’une des rares régions dans le monde où on a les ressources et l’expertise pour l’ensemble des étapes du développement de nouveaux médicaments », affirme Michelle Savoie.


« Le Québec est un partenaire en recherche pharmaceutique depuis 25 ans, confirme M. Williams. Le Québec a toujours trouvé des politiques qui aident la recherche et le développement. C’est pourquoi nous y sommes très présents. Le Québec détenait 43 % des investissements en recherche et développement pharmaceutiques au Canada en 2010. »


Il affirme que la province demeure toujours l’un des premiers choix pour investir en recherche pharmaceutique, mais il admet que la concurrence mondiale est très forte.


« Il ne faut rien tenir pour acquis, précise-t-il. Le Québec a des atouts très importants, par contre, il faut améliorer la protection de la propriété intellectuelle. Le gouvernement du Québec appuie d’ailleurs nos revendications auprès du gouvernement fédéral. Il faut harmoniser les politiques canadiennes avec celles de l’Europe. Cela nous aidera à aller chercher plus de contrats de recherche. »


Pour que le Québec tire son épingle du jeu dans ce nouveau modèle, Michelle Savoie croit que des créneaux d’excellence doivent être ciblés et promus. « Par exemple, on est très bon au Québec en médecine personnalisée, précise-t-elle. Il faut aussi favoriser le développement de partenariats innovants. On a par exemple le Consortium québécois sur la découverture du médicament (CQDM). »


La mission du CQDM est d’identifier, de financer et de soutenir des projets de recherche réalisés en partenariat entre les milieux universitaires et les sociétés de recherche pharmaceutique.


« Il faut aussi s’assurer que le financement est disponible tout au long du cycle de développement des nouveaux médicaments, ajoute Mme Savoie. Les emplois créés dans le domaine des sciences de la vie sont bien rémunérés, donc ils ont des retombées importantes sur l’économie. »


D’après Rx D, en 2010, l’industrie de recherche novatrice employait directement 5321 personnes au Québec et soutenait 10 924 emplois connexes. Le salaire moyen était de 104 662 $.

 

 http://www.ledevoir.com/societe/sante/362810/les-universites-sont-mises-a-contribution

 

Retour à la liste des nouvelles