Secteur pharmaceutique: les transactions se multiplient

Partager cette nouvelle sur :

3 novembre 2015

Publié le 03 novembre 2015 à 06h20 | Mis à jour le 03 novembre 2015 à 06h20

Secteur pharmaceutique: les transactions se multiplient

La grande vague de fusions et d'acquisitions qui... (Photo Alain Roberge, archives La Presse)
La grande vague de fusions et d'acquisitions qui déferle sur l'industrie pharmaceutique mondiale depuis près de deux ans devrait se poursuivre jusqu'à la fin de l'année.

Photo Alain Roberge, archives La Presse

Marie Tison
La Presse

La série de méga-acquisitions dans l'industrie pharmaceutique se poursuit cette semaine avec une transaction impliquant le géant irlandais Shire. Cette tendance ne devrait pas disparaître de sitôt.

La grande vague de fusions et d'acquisitions qui déferle sur l'industrie pharmaceutique mondiale depuis près de deux ans devrait se poursuivre jusqu'à la fin de l'année.

«Il y a des marchés qui ne sont pas encore tout à fait consolidés, que ce soit au Canada, aux États-Unis ou dans le reste du monde», déclare Miriam Pozza, responsable du groupe Transactions et du secteur pharmaceutique et des sciences de la vie au Québec pour PwC (PricewaterhouseCoopers).

Chaque trimestre, PwC réalise un rapport sur les transactions dans le secteur pharmaceutique et des sciences de la vie dans le monde. Les données du troisième trimestre ne sont pas encore disponibles, mais celles des deux premiers trimestres montrent un volume significatif de fusions et acquisitions.

Des milliards en vue

Au premier trimestre, les entreprises du secteur ont conclu 35 transactions, d'une valeur de 166,3 milliards US. Au deuxième trimestre, la valeur des 46 transactions conclues a atteint 72,2 milliards US. Valeant, une société pharmaceutique établie à Laval, a réalisé une des plus importantes transactions, l'acquisition de Salix Pharmaceuticals pour environ 13,1 milliards US. C'est toutefois la société américaine AbbVie qui a conclu la plus grosse transaction du trimestre, l'acquisition de la société californienne Pharmacyclics pour 20,8 milliards US.

Au cours de ce même trimestre, les entreprises du secteur pharmaceutique et des sciences de la vie ont annoncé leur intention de procéder à 125 transactions, d'une valeur de 125,4 milliards US.

Économies d'échelle

Selon PwC, plusieurs facteurs expliquent cette vague, dont un besoin de réaliser des économies d'échelle et d'accéder à de nouveaux marchés.

Mme Pozza note que les entreprises pharmaceutiques cherchent également à se concentrer sur leurs activités principales. Cela a amené plusieurs sociétés à se défaire d'activités moins centrales.

«Comme on parle d'énormes entreprises, ça a donné lieu à de grandes transactions», souligne-t-elle.

Cela vaut notamment pour de grandes sociétés qui viennent de conclure une acquisition d'importance: elles doivent réévaluer leurs activités et leur portefeuille de produits afin de voir si elles doivent procéder à des cessions. Cela ouvre la porte à des transactions supplémentaires.

Effet d'entraînement

En outre, ce mouvement de fusions et d'acquisitions a un effet d'entraînement.

«Il y a des entreprises qui se questionnent, qui se demandent si c'est le moment de faire une transaction, indique Mme Pozza. Quand on voit les multiples qui ressortent, ça peut tenter certaines personnes qui hésitaient à aller de l'avant.»

Elle rappelle que le secteur a traversé une période difficile au cours des cinq dernières années.

«Il y a eu un épurage des sociétés moins performantes et celles qui ont survécu sont plus fortes, avec une stratégie de croissance plus ciblée.»

Il y a maintenant une reprise, et les entreprises veulent s'assurer de maintenir leur place sur l'échiquier mondial.

«On voit tous les intervenants, y compris les gouvernements, qui veulent s'assurer que le secteur demeure en effervescence», affirme Mme Pozza.

Elle note que le secteur est performant et que les investisseurs réalisent qu'ils peuvent obtenir un rendement intéressant, notamment par rapport à l'index S&P 500.

------------------

LES CINQ PRINCIPALES TRANSACTIONS CONCLUES AU PREMIER SEMESTRE 2015

> 68,0 milliards US: Actavis acquiert Allergan. Le 17 mars, la société pharmaceutique Actavis, établie à Dublin mais gérée à partir du New Jersey, conclut l'acquisition du fabricant du Botox, la société américaine Allergan.

> 42,7 milliards US: Medtronic acquiert Covidien. Le 26 janvier, le fabricant de dispositifs médicaux Medtronic, dont le siège est au Minnesota, conclut l'acquisition de Covidien, un concurrent de Dublin.

> 20,8 milliards US: AbbVie acquiert Pharmacyclics. Le 26 mai, la société pharmaceutique AbbVie, de Chicago, conclut l'acquisition de Pharmacyclics, une pharmaceutique californienne spécialisée dans les traitements contre le cancer.

> 13,4 milliards US: Le 24 juin, le fabricant d'équipement orthopédique Zimmer acquiert une entreprise également spécialisée dans ce secteur: Biomet. Les deux se trouvent dans la même ville, Warsaw, en Indiana.

> 13,1 milliards US: Valeant Pharmaceuticals International acquiert Salix Pharmaceuticals. Le 1er avril, Valeant, dont le siège est à Laval mais qui est gérée à partir du New Jersey, conclut l'acquisition de Salix, une société pharmaceutique de Caroline-du-Nord spécialisée dans la gastro-entérologie.

-----------------

CONSOLIDATION AU QUÉBEC ET EN ONTARIO

Les sociétés pharmaceutiques canadiennes participent également au mouvement de consolidation, mais comme elles n'ont pas la taille de Valeant, ces transactions passent sous le radar.

Ça bouge surtout dans le secteur de la recherche contractuelle, soutient Miriam Pozza, responsable du groupe Transactions et du secteur pharmaceutique et des sciences de la vie au Québec pour PwC. Au Canada, ce secteur se concentre en Ontario et, surtout, au Québec.

«C'est un secteur où il y a une valeur à avoir plus de volume, explique-t-elle. Il y a donc beaucoup de sociétés qui cherchent à se consolider ou à acheter de plus petites sociétés.»

Pour l'instant, aucune société ne se démarque dans ce secteur au Québec. Il n'y a pas d'entreprises du type de Valeant qui font des acquisitions en série.

«Les entreprises font une acquisition, peut-être deux, note Mme Pozza. Mais potentiellement, il pourrait y avoir une société qui finisse par ressortir. Il y a notamment Algorithme Pharma, qui a une certaine envergure.»

Fondée il y a une vingtaine d'années par des chercheurs issus de l'Université de Montréal, Algorithme emploie maintenant 500 personnes à Laval et à Fargo, au Dakota-du-Nord.

Retour à la liste des nouvelles