Vaccins : ne mélangeons pas tout !

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20 février 2015

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Photo : Getty Images

On entend toutes sortes de choses à propos des vaccins ces jours-ci, entre autres à cause du retour de la rougeole, de l’inefficacité du vaccin contre la grippe donné au Québec cet hiver et du tollé provoqué par un article irresponsable sur le vaccin contre le papillomavirus, publié en une du Toronto Star la semaine dernière.
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Tout cela mérite clarification. Dire qu’on est pour ou contre les vaccins, comme on l’entend ces derniers jours, manque clairement de subtilité.

Un vaccin, à la base, c’est une préparation qui contient une substance ressemblant à un micro-organisme dangereux, qu’on donne pour provoquer une réaction du système immunitaire. Cette réaction produit des anticorps capables, par la suite, de reconnaître le micro-organisme dangereux quand il se présente, puis de le combattre.

Certains vaccins contiennent ainsi des virus ou des bactéries rendus inactifs («tués») par un traitement préalable. C’est le cas du vaccin contre les virus de la grippe et de la polio.

D’autres renferment des micro-organismes «vivants», mais atténués, parce qu’on a diminué par un traitement leur capacité à se multiplier à toute vitesse. C’est le cas, par exemple, du vaccin contre la rougeole ou la tuberculose.

D’autres encore renferment seulement une protéine qui a été extraite du micro-organisme pathogène, ou qui est produite par un autre micro-organisme dont on a modifié le génome pour qu’il puisse produire cette protéine. C’est le cas, par exemple, du virus contre l’hépatite B ou le papillomavirus.

En plus de cette substance qui provoque la réaction immunitaire, un vaccin contient aussi d’autres éléments qui servent, par exemple, à en assurer la conservation.

Il existe souvent plusieurs vaccins contre une même maladie. Le vaccin contre l’hépatite A, par exemple, peut être constitué du virus tué ou atténué, selon la marque.

De même, il existe des vaccins contre plusieurs maladies à la fois, qui combinent plusieurs substances, comme le vaccin RRO (rougeole rubéole oreillons).

Indépendamment de sa composition, chaque vaccin est plus ou moins efficace pour provoquer une réaction immunitaire plus ou moins durable. Le vaccin contre la grippe, dont on doit changer la composition tous les ans parce que les souches de virus en circulation changent, protège ainsi plus ou moins, selon les années.

Chaque vaccin est aussi plus ou moins susceptible de provoquer des effets secondaires, en raison de la nature de l’agent de vaccination, mais aussi de la composition du mélange. L’immense majorité de ces effets secondaires sont bénins et de courte durée.

Mais il arrive, très très rarement, que les choses tournent mal — par exemple, pour une personne qui ne se savait pas allergique aux œufs et qui reçoit un vaccin dont le principe actif a été cultivé sur des œufs. Un choc anaphylactique se produit environ une fois sur un million après une vaccination au Canada.

Chaque vaccin est aussi plus ou moins indiqué pour chaque personne, selon ses conditions de vie et sa susceptibilité aux maladies.

Mais la vaccination touche autant les individus que les groupes, puisque plus le nombre de personnes vaccinées dans une population augmente, moins le micro-organisme dangereux a de chances de se propager.

En se basant sur toutes ces considérations, les autorités responsables de la santé publique dans un pays donné décident d’un calendrier vaccinal qui comprend la liste des vaccins recommandés pour tout le monde, sauf cas exceptionnels, à un moment ou à un autre au cours de sa vie.

Au Québec, le calendrier vaccinal comporte neuf vaccins, qui sont tous payés par l’État.

Ces vaccins universels sont tous très sécuritaires pour les personnes visées, et très pertinents.

Il existe aussi d’autres vaccins réservés à des situations particulières. Les voyageurs qui vont dans le sud, par exemple, auraient intérêt à se protéger contre l’hépatite A, et on a avantage à se faire vacciner contre la rage après avoir été mordu par une chauve-souris ou un raton-laveur.

Les vaccins sont des outils de santé publique extrêmement efficaces pour sauver des vies et améliorer la santé de la population… mais ce sont aussi des produits commerciaux, dont les ventes annuelles dans le monde dépassent les 25 milliards de dollars.

Les compagnies pharmaceutiques poussent fort pour faire adopter leurs produits. Elles ont aussi tout intérêt à ce qu’on les donne au plus grand nombre de personnes qui soit, avec le plus de doses possible.

Les imposantes études cliniques nécessaires à l’approbation des vaccins font en sorte, cependant, qu’on ne donne pas n’importe quoi à n’importe qui. Or, parfois, un lobbying agressif entraîne le risque qu’on en fasse trop.

C’est ce qui s’est produit, par exemple, avec le vaccin contre le papillomavirus lors de son introduction au Canada (voir le texte «Bon vaccin, bad politique ?» à cet égard).

Si l’on avait écouté le fabricant Merck, on donnerait aujourd’hui trois doses de vaccin Gardasil aux jeunes filles plutôt que deux, et on le donnerait aussi aux garçons, comme cela se fait dans plusieurs États américains. Mais Québec a joué de prudence et a décidé d’attendre de voir si cela était vraiment nécessaire.

Personnellement, je suis pour tous les vaccins universels que le Québec rembourse. Mais je serais contre un vaccin hors de prix, qui n’apporterait qu’un bénéfice minime s’il existait d’autres moyens moins coûteux d’arriver au même but.

Comme journaliste scientifique, je porte aussi une oreille très attentive aux organisations scientifiques indépendantes, comme la collaboration Cochrane, qui réalisent des méta-analyses capables de vérifier l’intérêt réel d’un vaccin ou d’un autre.

Selon leurs dernières conclusions, le vaccin contre la grippe apporte ainsi un bénéfice extrêmement limité aux adultes en bonne santé. Les personnes qui choisissent de recevoir ce vaccin devraient être averties qu’elles le font avant tout pour les bébés, les personnes âgées et les malades de leur entourage.

Dans l’état actuel des connaissances, le vaccin contre le papillomavirus, lui, ne semble toujours pas du tout justifié pour les garçons.

Mais contrairement à ce que laissait entendre le Toronto Star (dans l’article lamentable pour lequel il a présenté ses plus plates excuses), ce vaccin est hyper-sécuritaire. Aux États-Unis, où 64 millions de jeunes l’ont reçu entre 2006 et 2014, il y a eu environ 1 800 cas d’effets secondaires sérieux — ce qui représente moins de 0,003 % des personnes vaccinées.

On peut être pour les vaccins et trouver que dans certains cas, la dépense ou le risque encourus ne justifie pas de recevoir ce qu’on nous propose.

Mais être contre les vaccins, quels qu’ils soient, n’a aucun sens.

Malheureusement, ce n’est pas avec des articles comme celui du Toronto Star qu’on va mieux expliquer toutes ces nuances à ceux qui les ignorent.

Je ne suis pas certaine, non plus, qu’il faille réaffirmer — comme l’a fait le premier ministre, Philippe Couillard — que la vaccination n’est pas une opinion, mais un fait.

La vaccination n’est pas un fait. C’est une arme hyper-puissante que la science a mise à la disposition de l’humanité pour améliorer son sort.

On doit l’utiliser à bon escient, comme nous le dictent les études scientifiques et éthiques.

Mais si certaines personnes n’en sont pas convaincues, on doit comprendre ce qui les gêne ou ce qui leur fait vraiment peur dans tout ça.

Parmi ces personnes, il y a des illuminés à qui on ne fera jamais entendre raison.

Mais il y a aussi d’autres personnes qui changeraient peut-être d’avis si les scientifiques, les médecins, les pharmaceutiques et les gouvernements leur inspiraient un peu plus confiance — par exemple en étant beaucoup plus transparents dans les processus d’approbation et les essais cliniques, ou si l’on décidait collectivement de s’attaquer sérieusement à l’inculture scientifique.

Les excuses du Toronto Star se terminent sur ces mots :

In matters of life, death and public health, the science matters.

Il est temps qu’on s’en aperçoive !

* * *

À propos de Valérie Borde

Journaliste scientifique lauréate de nombreux prix, Valérie Borde a publié près de 900 articles dans des magazines depuis 1990, au Canada et en France. Enseignante en journalisme scientifique et conférencière, cette grande vulgarisatrice est à l’affût des découvertes récentes en science et blogue pour L’actualité depuis 2009. Valérie Borde est aussi membre de la Commission de l’éthique en science et en technologie du gouvernement du Québec, en plus d’être régulièrement invitée dans les médias électroniques pour commenter l’actualité scientifique. On peut la suivre sur Twitter : @Lactu_Borde.

 http://www.lactualite.com/blogues/le-blogue-sante-et-science/vaccins-ne-melangeons-pas-tout/

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